Matthieu Ricard : Le moine engagé

Moine bouddhiste et docteur en biologie moléculaire, Matthieu Ricard plaide la cause des animaux en nous invitant à changer nos comportements et nos mentalités.
L214
Figure emblématique du bouddhisme en France, Matthieu Ricard, 68 ans, quitte parfois le monastère de Shechen (Népal) où il réside depuis plus de quarante ans, pour étendre sa parole ailleurs que dans les montagnes Himalayennes. Il est d’ailleurs un moine bouddhiste très demandé ! Depuis 1989, le Dalaï Lama a même fait de lui son traducteur officiel lors de ses déplacements à l’étranger. Ses écrits sur l’art de la méditation et notamment ses plaidoyers pour le bonheur, l’altruisme et très récemment les animaux (titre de trois de ses livres respectivement) sont des bouffées d’oxygène et des jaillissements de lumière dans un monde parfois étouffant et sombre.

Compassion et bienveillance

Matthieu Ricard n’a pourtant pas toujours vécu dans l’ascétisme de la religion. Fils du célèbre philosophe et académicien Jean-François Revel, il était souvent amené à côtoyer des intellectuels et des musiciens, voire dîner avec des prix Nobel ! C’est en 1972 que Matthieu Ricard obtient son diplôme de généticien à l’Institut Pasteur. À cette époque, il décide d’entreprendre des voyages et des recherches en Inde, où il rencontre Dilgo Khyentsé Rinpoché, désigné comme le plus grand maître bouddhiste du XXe siècle. Fasciné, il commence à étudier cette religion et débute sa quête du bonheur, abandonnant sa carrière de docteur en biologie moléculaire. Converti au bouddhisme à la fi n des années 60, il est ordonné moine en 1978.
Entre deux médiations, ce passionné de photographie voyage beaucoup pour s’occuper des divers projets de son association, Karuna-Shechen, qui met en oeuvre des projets humanitaires dans les secteurs de l’éducation, de la santé et du développement durable pour les populations défavorisées en Inde, au Népal et au Tibet. Plus de 140 projets ont ainsi été initiés : cliniques pour les plus démunis, programmes médicaux dans les bidonvilles et villages isolés, construction et rénovation d’écoles, cours d’alphabétisation, formations pour les femmes et les jeunes, etc.
Mais pour Matthieu Ricard, la compassion et la bienveillance ne s’arrêtent pas là : elle s’étend à tous les êtres sensibles, et bien sûr aux animaux. En 2013, son nom apparaît dans un manifeste soutenu par la Fondation 30 Millions d’Amis, sur lequel 23 autres intellectuels de renom ont apposé leur signature, réclamant une évolution du régime juridique de l’animal dans le Code civil et reconnaissant sa nature d’être sensible (la définition de l’animal est passée de « bien meuble » à « être vivant doué de sensibilité » en avril dernier).

Schizophrénie morale

À l’occasion de la sortie de son livre Plaidoyer pour les animaux en octobre dernier, Matthieu Ricard a tenu une conférence exceptionnelle au Grand Rex, à Paris, en partenariat avec l’association L214. Il a notamment présenté une vidéo d’enquête sur l’élevage en batterie des lapins, et en a profité pour revenir sur la condition des animaux dans les élevages français : “Chaque jour en France, 500 000 animaux sont envoyés à l’abattoir après d’innommables souffrances, sans que personne ne s’indigne”, a-t-il rappelé. Tous les ans, 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation. Nous sommes dans une schizophrénie morale qui consiste à aimer les chiens et les chats tout en plantant nos fourchettes dans des vaches et des poulets”. Son engagement dans la lutte contre l’élevage intensif, notamment des lapins de la filière viande, est visible sur le site de L214. L’extrême douceur avec laquelle il commente des images très dures est assez déroutante, une sorte d’indignation sereine.
Il va s’en dire que Matthieu Ricard a fait le choix d’être végétarien il y a plus de quarante-sept ans.

Matthieu Ricard en dates
1967 : premier voyage en Inde où il rencontre des maîtres spirituels tibétains.
1972 : départ pour l’Himalaya où il décide de s’installer.
1980 : première rencontre avec le Dalaï Lama, dont il devient le traducteur officiel.
2013 : signature du manifeste demandant le changement du statut juridique de l’animal.
2014 : publication du livre Plaidoyer pour les animaux (Allary Éditions).
Céline Nebout